Einstein aussi
Pitié !
Le numéro 11 du 15 janvier 2001
Tel que vous me lisez, là, je reviens de Paris. J’ai eu pendant quelques jours le plaisir de fréquenter des gens très biens, dans des soirées très biens, où, inévitablement, j’eus à répondre au fatidique « Et vous qu’est ce que vous faites ? ». N’étant pas d’humeur à dévoiler l’insondable médiocrité de mon existence, j’eus recours à ce que l’on ne nomme « mensonge » qu’en manquant cruellement d’indulgence – c’est tout juste une petite exagération, rien de grave – c’est à dire à la phrase :
« J’écris. Enfin, j’écris un journal… sur Internet…»
On sait jusqu’où le mondain pompette est prêt à pousser la complaisance. Ce trait de caractère, nécessaire à la survie dans un milieu où la compétition est rude (il n’y a pas forcément de caviar pour tout le monde) l’amène parfois à simuler un intérêt poussé pour des choses « qu’il ne parcourrait que d’un derrière distrait » si la Vodka était éventée. Dans ce cas précis l’inéluctable « vous me le ferez lire, j’espère… » m’amena à relever quelques adresse, à choisir un ou deux numéros pour les envoyer. Quelle ne fut pas ma stupeur en relisant ce numéro 9 !!
Je suis conscient d’avoir parfois quelques absences orthographiques, d’ailleurs j’implore systématiquement la pitié du lecteur au bas de chaque page (cf. en bas de la page). Mais ce que je vis là, dépassait toutes mes craintes. La foire aux couilles, le palais de la bourde, on tague le mur des lamentations, des accords esquivés par rangées de dix, des conjugaisons martiennes à tuer Pivot sur le coup, du scrabble aléatoire. C’est bien simple si le mot « papa » était passé par là, j’y aurais foutu trois p. Je retrouvai aussi tôt le frisson de jeunesse, l’heure où cette garce de prof. me rendait la copie bariolée, ornée de la note la plus ronde qui soit. Je retrouvai l’humiliation.
Je vous offre un échantillon : « j’ai fais tombé dessus ma tourtière au pomme et la crème liquide que je recommande vigoureusement pour ça dégustation », non, ce n’est pas le pire que j’ai trouvé.
Quand je pense au nombre de lecteurs (cinq ou six) qui furent témoins de mes faiblesses, ces mois derniers, c’est bien simple, je convulse ! Quand je pense à la compassion surannée qui les amena à détourner pudiquement le regard, n’osant reprendre l’apprenti scribouillard emmêlé dans la prose ! Surtout, ne jamais vexer le lourdaud, c’est un principe de gentilhomme.
Mon seul principe, en l’occurrence (je ne parle pas de mon renoncement au mariage), c’est l’acharnement. Je me propose d’être ridicule avec panache, ce sera mon manifeste, amen. Cela n’exclut pas un brin de bon sens, aussi affirme-je deux faits capitaux :
1°) Einstein était aussi dyslexique.
2°) Les lecteurs attentionnés seront dorénavant rémunérés. (Le premier qui me chope trente fautes, je lui envoie un bocal de foie gras du coin, l’heure d’expédition faisant foi, les points étant cumulés pour les prochains numéros.) Cela risque de me coûter la peau du cul, qu’à cela ne tienne, je prendrai des heures de ménage.
Et si cela ne suffit pas, je dénicherai une mademoiselle Machin, retraité de l’enseignement littéraire, pour troquer ses compétences contre les miennes, que j’ai d’ailleurs fort vigoureuses quand il y va de mon honneur (je vous fait pas de dessin).
On ne pourra pas dire que je n’ai pas fait ce qu’il faut.
Nicolas Guionnet qui vous embrasse
…Pardonnez l’orthographe (et le reste) et faites passer…
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