Voir le Loup

… et lui tirer les moustaches …

Pourquoi Diable ?

Exemple d'Instrumentalisation

Exemple d'Instrumentalisation

Voici quelques lignes publiées (quelle erreur !) dans mon site professionnel pour y faire office de lettre de motivation. Une fois de plus, si l’intention initiale est anodine, la réalisation part en quenouille. « Les chattes font pas des chiots » comme dit ma voisine. Et voilà que la prose, initialement promise à un destin conforme, dévie de sa trajectoire et s’égare où bon lui semble.
A défaut d’être un modèle du genre, ce texte fera peut-être sourire. Voilà un noble objectif, plus noble en tout cas que celui des lettres de motivation ordinaires, et qui est, je le rappelle, de présenter au recruteur sa propre tête sur un plateau d’argent..

“Photographe ? … mais pourquoi diable ?!”

Le monde des starlettes télévisuelles et rutilantes, des champions de la vacuité rentable m’inspire en général assez peu de respect. Mais tant que ses représentants se contentent d’animer le journal de TF1, point d’appel au meurtre, il suffit de regarder ailleurs.
Il est cependant une catégorie particulière que j’aimerais célébrer pour sa malfaisance, une catégorie qui prospère, s’auto-congratule et s’affiche à tous les coins de rue. Une catégorie qui ne possède d’art que celui de la connivence, en jouissant quotidiennement de celle qu’elle entretient avec les média, notamment pour injecter ses musiquettes minimales à dose radiophonique dans la cervelle de nos jeunes. Cette catégorie, l’infectieuse, la poisseuse, la bien nommée, c’est celle des chanteurs.
(… et oui, je resterai aussi général que cela, ne craignant pas de blesser les artistes vocaux qui ont fait preuve de dévotion lors de l’apprentissage et de l’exercice de leur discipline, ne craignant pas non plus de blesser les autres, puisqu’ils n’entendent que ceux qui les révèrent.)
Malgré tout cela, je dois reconnaître à l’engeance une utilité: celle qu’ont les caricatures. C’est ainsi que certaines interviews sont riches d’enseignement, et pour ma part je les chérie parce qu’elles m’aident à savoir ce que je ne veux pas être, et c’est déjà pas mal car en procédant par élimination, on a tôt fait d’obtenir un profil assez détaillé de son soi.
C’est ainsi qu’un jour une petite calamité blonde fort bien connue en Australie pour ce qu’elle y chouine, fut interrogée par un de ces talentueux journalistes qui vouent leur vie à la promotion de la médiocrité, et cela à propos de son dernier disque :
« Mais dites moi Lily – nommons-la Lily – dites-moi … pourquoi cet album ? »
Cette question, j’imagine, s’appuie sur une croyance animiste qui veut que les arbres, les gouttes d’eau, les pierres, les caniveaux … et les albums à Lilly … aient une âme. La question du sens profond de l’œuvre peut alors se poser. « Pourquoi cet album Lily?!! » et le journaliste la pose avec une intensité dans la voix, avec une conviction qui rendent la scène totalement irrésistible.
Cela dit, et c’est là le paradoxe, je défit tout prêtre animiste, après l’audition intégrale de l’album en question, de garder la foi. Il est probable que l’intéressée l’aie aussi perdue, puisque sa réponse, d’abord fort embarrassée se conclut par un bon gros … « well … hinhinhin … It’s my job ! » « C’est mon boulot !!»
On trouve des boules de pétanque plus inspirées.

Sachez que cette anecdote est pour moi fondatrice. Je connais des gens qui lient leurs choix aux paraboles du Christ, et cela fort à propos. Et bien moi, je fonctionne, à l’inverse, avec une sorte d’anti-évangile constitué ça et là, peu à peu, d’éléments répulsifs. Mon herbier nauséabond, quand il est ouvert à la page L comme Lily, m’enseigne la chose suivante:
Le désarroi de Lily (qu’elle gère fort bien rassurez-vous), serait ma récolte quotidienne si je meublais ma vie d’actions muettes et utilitaires. J’aurais au cul, à chaque instant, un petit journaliste zélé susurrant : « … Pourquoi cet article ? Pourquoi ce rapport en trois exemplaires ? Pourquoi cette journée ? » Et que lui répondre ?
Je ne veux à aucun prix renouer avec le vertige de l’absurde, tel que je le connus quand vissé au fond d’un cloaque administratif j’œuvrais à l’avancement de ma carrière. J’ai appris là, que si le pragmatisme instaure une certaine sécurité matérielle, c’est chez moi essentiellement l’ennui qu’il sécurise.
Alors quoi ?
Non bien sûr, je ne demande pas à être Shakespeare, … mais juste à raconter de petites histoires, sous une forme ou sous une autre, à en rire et à en vivre. Il ne s’agit pas là d’un destin d’éminent spécialiste, mais plutôt d’une vie de médiocre polyvalent. (Car soi dit en passant et je vous interdit de le répéter, je n’ai aucun talent particulier pour la photographie, ni pour quoique ce soit d’autre d’ailleurs … Je cherche juste à caser ma bonne volonté de conteur. )
Et bien, à la bonheur, je crois que la dénomination « photographe » peut parfaitement convenir à ce programme si tant est qu’on l’accommode habilement.
D’abord, le pouvoir allusif et symbolique de l’image lui permet aisément d’être support ou matériau de récit, et sous de nombreuses formes. En outre, les contours de l’activité sont suffisamment flous pour que l’on puisse les déplacer un brin et joindre textes, sons ou autre substance aux précieuses photos. Le petit conteur est satisfait.
Cependant le satisfaire ne suffira pas à répondre à la question titre. Il faudra bien aussi mentionner la beauté, j’en ai peur. Le mot m’embarrasse, tant il a changé de sens ces 40 dernières années. Il est cependant nécessaire d’évoquer l’apaisement instantané que procure aujourd’hui certaines visions. L’équivalent interne d’une soif que l’on étanche, déclenchée par une combinaison étranges d’ingrédients. Comment les définir ?
Le lecteur attentif aura remarqué cette manie agaçante que j’ai de définir les choses par le biais de leur inverse. Je n’ai pu parler d’enthousiasme sans que l’ennui ne le précède, de même l’intrigue introduit l’intégrité, le matérialisme permet de définir la spiritualité. Va-t-il me falloir poursuivre en présentant une face de son contraire pour espérer, en la découpant, faire apparaître celle de la beauté ?
Soit, je vais ainsi ménager cette dernière en la mentionnant le moins possible et en donnant une liste non exhaustive des ingrédients de la laideur :
Vulgarité, déséquilibre, hermétisme, affectation.
Voilà. Ce n’était pas long avouez-le … je complèterai peut-être ce quintette hideux à l’occasion …

Enfin,
« Aimant les rencontres, les paysages et les animaux … », j’avoue que la profession me sert de prétexte permanent à toutes sortes d’intéressantes escapades, d’autant plus qu’une identité professionnelle permet de faire sauter bien des verrous. Dites à un artisan « Salut, je voudrais bien voir ce que tu fais dans ton atelier. », il vous prend pour un dingue et vous éconduit. Dites-lui « J’aime beaucoup ce que vous faites et j’aimerais faire un reportage. » … la porte s’ouvre … le curieux est satisfait.
Enfin, enfin,
Quel plaisir d’appartenir sans rond-de-jambe ni chichi à une corporation anodine qui aime à déshabiller les filles pour en faire des posters ou à empiler des gamins sur une photo de classe. C’est à peine artistique, on ne fait qu’emprunter au réel. Pas démiurge, non, juste petit voleur de poule.
Il n’empêche qu’il sort de tout cela un produit fini, chargé d’un sens que certains semblent apprécier. Voilà bien qui suffit à mon épanouissement.
J’oubliais.
Autre avantage inestimable de cette profession: le monde de l’art contemporain ne condescend qu’assez peu à côtoyer ceux qui la pratiquent. Certes, financièrement, c’est bien dommage, mais en évoluant dans une sphère plus modeste, on s’épargne le fardeau d’avoir à parler de soi à la troisième personne en singeant les tics verbaux d’un critique d’art fasciné.
Cerise sur mon gâteau, je me réjouis de n’avoir à écrire le mot « démarche » qu’entre guillemets.

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