Voir le Loup

… et lui tirer les moustaches …

« Démarche »

Démarche

Démarche

Encore un texte publié sur mon site pro et qui en a été enlevé.
La « démarche » est, si j’ai bien compris, le manifeste obligatoire de « l’artiste contemporain ». C’est avec cela qu’il se vend, et comme se vendre est sa raison d’être, la rédaction d’un tel texte est pour lui un geste stratégique et politique crucial.
Je ne suis pas lui. Je veux dire qu’autant qu’il m’est possible, j’évite de me mêler à lui et à ses mignons, et encore moins adopte-je leurs petites manies qui sont autant de signes d’appartenance à un milieux vicié.
Alors quel besoin ai-je eu de rédiger une « démarche » ?
Je me demande bien. Le goût de la parodie et l’envie de définir mon activité, peut-être. Quoi qu’il en soit, j’ai échoué. Mon activité relevant tour à tour d’un artisanat mou et alimentaire autant que d’une liberté créative échevelée, il y a là un sérieux grand écart. Et si l’artisan se doit, afin de rassurer une clientèle frileuse, de respecter quelques conventions, le créatif, lui, pisse sur chacune d’elles sans en oublier, comme mon chien Merlin sur les voitures quand il visite le parking d’en bas.
Résultat : J’ai à la fois réussi à corrompre ma liberté de propos et ma crédibilité professionnelle. Bravo !

Renard

Le mieux, est d’agir en Renard : demeurer dans la forêt de ses ancêtres et confier son éducation aux bon soins du sous-bois. Certains jours s’approcher prudemment de la lisière, se poster dans l’ombre du feuillage pour observer l’agitation des hommes, puis, le soir venu, si la Lune est favorable, se rendre au village pour dérober une poule.
Alors, si quelque bipède propose un Menuet, ne même pas prendre le temps de lui rire au nez. Filer, une plume à la bouche.

Lieu Commun

C’est depuis peu un poncif : La lampe rouge du laboratoire de nos pères s’est éteinte à jamais.
Sa lueur monotone a fait place à la nécessité quotidienne d’apprendre à maîtriser de nouveaux outils, tout en se détournant de ceux qui les ont précédés.
La technique aidant, il est plus que jamais naturel d’explorer un espace des possibilités en constante expansion. La technique aveuglant, il est plus que jamais nécessaire de prendre le peu qu’elle a à donner en se méfiant du reste.

Petite Intro

Photographe depuis 2006, je destine mes images au papier – pour la réalisation de tirages pigmentaires – et recours aux écrans, pour lesquels je crée sites et contenu multimédia. Ce grand écart professionnel résulte de l’arrivée tonitruante d’Internet, le fils prodigue du XXème siècle qui vous permet à l’instant de me lire. Propres à chambouler le métier, à lui offrir de nombreux raccourcis, ils n’a pour autant jamais balayé le plaisir enfantin de poser les yeux sur une image incarnée, sur une « photo ».
Me voici donc occupé à troquer électrons contre pigments, à osciller de tissus en écrans.
Les deux premiers paragraphes tracent les contours de cette polyvalence.
Le dernier liste quelques « sujets de prédilection. »

Web et Electrons

J’ose une petite question. Que regardez-vous à l’instant ?
Est-ce un monolithe de marbre noir gravé de runes antiques ? … un vase Ming ?
…pas tout à fait, n’est-ce-pas ?
Non. C’est un écran. Du plastoc, une poignée de composants électroniques, peut-être un peu d’alu … tout cela animé par je ne sais quelle astuce électroluminescente.
A priori, ce n’est pas le support le plus noble dont puisse rêver une image pour s’étaler aux yeux du Grand Monde. Bois verni, toile ou papier ont plus fière allure.
Mais reconnaissons-le, ces tuyauteries électroniques nous rendent quelques services, à commencer par cette connexion domestique, à l’instant, entre vous et moi. Aussi éphémère soit-elle, elle m’est essentielle, que l’on parle de reconnaissance ou de commerce.
Depuis mes débuts, Internet est l’objet d’une attention assidue. En particulier, quelques mois de travail m’ont permis d’accoucher (dans le bonheur) de SAM, un système de diffusion des diaporamas sonores qui sera omniprésent sur les sites que je produis. Ainsi, les images se font voir … et entendre (cliquez ici pour plus de détails sur SAM.)
Une bonne maitrise de la programmation me permet de générer tout un panel de dispositifs graphiques pour sites. Les différents média (textes, son, images, vidéo, dessins animés interactifs) peuvent y dialoguer de façon encore inattendue il y a dix ans. Ainsi, Internet est devenu plus qu’un simple outils de diffusion: c’est un acteur, un matériaux qui réclame et mérite attention.
J’ai par exemple réalisé issarbe.com et nicolasguionnet.com, via les technologies Wordpress et AS3, et serais en mesure de réaliser tout ou partie d’un site orienté image et graphisme si je n’avais mieux à faire …

Papier et Pigments

La photographie numérique est hautement dépendante de technologies pointues et parfois capricieuses. Le fruit du travail, confié à la mémoire des machines, n’accède à la sécurité du réel qu’avec l’impression. En cela, le papier fait figure de refuge. Il donne une existence matérielle à l’image, ainsi qu’une texture et une longévité. Il l’accueille et la porte sur son dos, fidèlement, pour un siècle et sans que la fée électricité ne soit nécessaire à l’entretient de son éclat.
Mais cette sécurité prosaïque et relative serait négligeable sans l’émotion que porte en lui l’objet tangible, l’objet touchant, petite feuille imprimée, pelure d’arbre abattu, choisie pour porter un fruit.
Matière, sensualité, démarche pénètrent l’affect du visiteur. L’enjeu est d’importance. L’impression est alors un processus délicat. Obtenir un tirage conforme aux espérances d’un honnête homme, à la hauteur du fruit, peut nécessiter de nombreux essais et corrections. Ces précieux tâtonnements ne peuvent sans risque être confiés à un tiers. Il faut être là. C’est tout.
Aussi ai-je décidé d’empoigner tous les maillons de la chaine, de la prise de vue à la mise sur châssis et d’en faire mon affaire.

Technique

Mes tirages sont réalisés sur papiers d’art, avec des encres pigmentaires longue conservation (garanties Epson, 80 ans et + selon le papier), sur une imprimante professionnelle Epson Stylus 9900 pro.
Les formats vont du A4 jusqu’à des tirages de 110 cm de large pour une longueur théoriquement non limitée. J’affectionne particulièrement les formats panoramiques (voire par exemple ceci.) Possédant le label Digigraphie, je peux produire des tirages présentant toutes ses garanties.

Sujets de Prédilection

Au risque de décevoir un de mes collègues et ami qui me conseille de bannir toute forme de négation de ma prose professionnelle (les lois du marketing exigent que l’on affiche un sourire figé), je commencerai par dire:
« Je n’aime pas les poses. »
Les poses … me figent – justement.
Faudrait-il que je mente au poseur, gentil bonhomme crispé sur son allure, lui promettant « qu’un petit oiseau va sortir » ? … un bel oiseau coloré et expressif ?
Inutile ! Dans ces conditions, il reste dans sa boite le petit oiseau, hostile et dédaigneux, il y reste et n’en sortira que quand la mascarade, fatiguée d’elle même, aura de nouveau fait place à la vie. Si je le forçais, c’est un poulet de batterie fardé comme une pute de concours qui jaillirait de l’objectif. Inutile.
Saint François d’Assise aurait dit, – je dit « aurait » car c’est peut-être des racontars d’exégète halluciné – « C’est en s’oubliant soi même, que l’on se retrouve soi même. »
Voilà un beau programme: s’alléger le temps d’un clic de nos tourments de crevette, ou d’autres questionnements individuels d’une faramineuse et faraminable inutilité. C’est bien ce que permet la photo, pratique suffisamment technique pour occuper l’intellect, suffisamment artisanale pour empoigner les mains et suffisamment artistique pour élever l’âme, la mienne en ayant bien besoin, puisqu’elle rejoint le caniveau dés que j’ai le dos tourné.
Être attentionné, désireux de produire, voué au résultat plus qu’aux rétributions, ne plus voir que l’Autre, en négliger le Soi et ses caprices. … merveilleuse façon d’exister, réalisable hélas qu’à condition que le sujet s’y prête. Et il ne s’y prête, ce coquin là, qu’en ignorant tout du photographe.
Que cet Autre me fasse une danse du ventre, clin d’œil à l’appui, et s’en est fini …
Méprisables contorsions, affectant je ne sais quelle conformité, les posent vous dégueulassent un sujet en moins de deux. Il est ainsi des portraits d’angelots plus obscènes qu’une blennorragie de séminariste.
Assez ! Le sujet est prié de ne pas nous rappeler ma présence, la sienne doit lui suffire ! … Mais revenons en au sujet.
Au palmarès des indifférents, je veux dire de ceux que le photographe indiffèrent et qui gardent, à son approche suffisamment d’eux-même pour mériter l’attention, on trouve:

    • Bestioles ordinaires (les bestioles exotiques sont exagérément colorées, fatigues les écrans et habitent dans des endroits impossibles …)
    • Plantes vivantes ou mortes, sèches, flottantes ou immergées, les jours sans vent se tiennent … tranquilles.
    • Montagnes, si vielles et fatiguées qu’elles n’éternuent même plus quand un moucheron se pose sur leur nez,
    • Travailleurs résolus à bien faire, artisans patinés,
    • Statues … de marbre,
    • Mers d’huile ou démontées, en instance de divorce d’avec le ciel, ou trop occupées à s’évaporer pour clapoter encore,
    • La Nuit, forcément plus mature que ces manèges où tournent les gens pressés.

J’ai, avec cela, de quoi remplir mille vies de photographes quand il n’en reste qu’une, à demi consumée.

L’Avenir ?

Je vais me payer le luxe de ne pas en parler. Perspectives et développement ont plus besoin de manches retroussées et que langues bien pendues.

Pourquoi ?

Distrait que je suis, j’ai oublié de joindre à ce texte une lettre de motivation. La motivation ne fait-elle pas partie de la démarche ?
La Cerise perchée, de part l’envie que l’on a de la goûter, fait de l’homme un grimpeur …
Lisez donc ceci

Partager

Les Commentaires sont clos